Souvent, convaincre une personne qui souffre d'anorexie que tout est une illusion, que la minceur n'est même pas ce qu'elle souhaite elle-même, on se heurte à la résistance de son esprit.
Dans les tca, c'est l'esprit qui est piégé. L'âme n'est pas entendue. Le conflit s'installe entre les deux. L'esprit n'écoute pas les besoins du corps. Un malaise s'installe. Puis le corps aussi se déstabilise, ne fonctionne plus normalement. Une personne a faim aux heures des repas, l'anorexique pense à la nourriture toute la journée. La satisfaction de maîtriser les privations, vécue comme une force plus grande que la nature, laisse place à la perte de la dignité lorsque les "crises" s'en suivent. C'est là que la personne est victime de la maladie : il n'y a plus de maîtrise. Mais le but c'est de la retrouver, quête persistante où l'ingestion d'un seul morceau de quoi que ce soit est ressentie comme une culpabilité, même lorsque manger est dans le but de se nourrir, pour la survie du corps. Je n'étais pas consciente à l'époque où j'ai vécu cela, des séquelles, en réalité, une fois qu'on croit qu'on peut vivre presque sans manger, on se croit tellement invincibles, qu'on pense qu'il n'y aura pas de séquelles. Et pourtant si. Et non seulement : ce sont des années perdues. On se referme sur soi, on coupe le contact avec les autres, avec tout se qui existe autour de la nourriture : on ne va pas dîner chez untel car non, on ne veut pas "grossir"... Et on y laisse une partie de ce qui auraient pu être les meilleures années. Au fond, inutile de se forcer à attaquer les effets, il faut analyser les causes pour pouvoir guérir et vivre pleinement (le titre de mon blog a ce sens).
L'esprit est comme l'ordinateur, il gère les informations. Il travaille avec ce qu'il connait : le passé. Ainsi, l'illusion est celle de croire que l'esprit c'est nous, alors que c'est un outil.
Il faut savoir écouter l'âme. Ce n'est pas elle qui souhaite mourir ou être blessée. Parce que l'âme aspire toujours au bonheur. Mais elle ne peut faire prévaloir sa volonté, car ne commande pas. Elle ne fait que souhaiter. A nous de l'écouter.
Tout cela découle de mon vécu, des lectures éclairantes (à chacun de trouver la sienne), je ne fais que résumer une petite partie selon ma compréhension. Je lis plus, je reprends mes lectures et passe moins dans les blogs qui je trouve m'avaient appauvri, car prenaient trop de mon temps consacré à la réflexion et à la lecture, au recueillement, dont j'ai souvent besoin.
Mais lorsque j'étais en difficulté, bien des blogs m'ont beaucoup apporté, tant au niveau humain, affectif (même si virtuel) que des connaissances. Tant de personnes confient leur parcours avec A et je les remercie car m'ont éclairé sur cette maladie. C'est aussi pour cela qu'il ne faut rien juger, juste savoir écouter ceux qui sont dans la difficulté. Personne ne peut rien faire à leur place. Inutile d'insister à les forcer. Ce n'est pas la nourriture ou son absence le problème, cela est juste une cause d'un mal bien plus profond et l'aide est un soutien moral, c'est la chose la plus appréciée. Dire : je suis là pour toi. Rien n'est plus précieux. Ne pas les traiter ni les voir comme différents.